IA et jeu vidéo : huit mois de grève, toujours aucun accord

IA et jeu vidéo : huit mois de grève, toujours aucun accord

9 avril 2025

La SAG-AFTRA poursuit sa lutte pour protéger les comédiens face à l’essor de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle continue de transformer l’industrie du jeu vidéo à une vitesse fulgurante. Mais cette avancée technologique n’est pas sans conséquences pour les professionnels du secteur, notamment les comédiens de doublage. En première ligne, le syndicat SAG-AFTRA mène une grève qui dure depuis plus de huit mois, sans qu’un accord ne soit en vue.

Une grève qui s’enlise

Lancée en juillet 2024, la grève menée par la SAG-AFTRA vise à garantir la protection des droits des acteurs et doubleurs face à l'utilisation croissante — et souvent abusive — de l’IA. Le principal point de discorde : la reproduction numérique des voix et des performances des comédiens sans leur consentement, et en dehors de tout cadre contractuel.

Le syndicat dénonce une menace existentielle pour les professionnels du doublage, craignant que leur métier ne devienne obsolète si les pratiques actuelles perdurent. Selon la SAG-AFTRA, les propositions avancées par les studios sont loin d’offrir des garanties suffisantes pour assurer l’avenir des comédiens dans cette industrie.

Des tensions toujours vives

Le 11 mars dernier, la SAG-AFTRA a vivement réagi à des déclarations de certains studios suggérant qu’un accord était imminent. Par la voix de Duncan Crabtree-Ireland et Sarah Elmaleh, les représentants du syndicat ont fermement démenti ces affirmations, précisant qu’aucune entente n’avait été conclue.

Le syndicat a soumis une contre-proposition pointant les lacunes des offres initiales, notamment sur la question de la réutilisation des performances numériques et des conditions de travail. Il estime que les offres actuelles ne garantissent ni la viabilité du métier ni une rémunération équitable pour les comédiens.

Une fracture qui s’élargit

La SAG-AFTRA critique également les renvois de comédiens décidés unilatéralement par certains studios, accusés de semer la confusion et de tenter de diviser les rangs syndicaux. Elle met en garde les membres contre toute tentative de remplacement des collègues évincés, soulignant que cela affaiblirait le mouvement et profiterait aux studios.

Malgré cette impasse, le syndicat rappelle que des accords partiels ont été trouvés avec certaines entreprises, représentant plus de 160 jeux vidéo. Ces accords peuvent, selon Crabtree-Ireland et Elmaleh, servir de base solide à une résolution globale sans compromettre les intérêts des studios.

Les studios tentent de rassurer

De leur côté, les représentants de l’industrie — par la voix d’Audrey Cooling — ont dévoilé plusieurs propositions concrètes relayées par Eurogamer, parmi lesquelles :

  • Une augmentation salariale de plus de 15 % pour les comédiens ;

  • Une meilleure protection contre l’usage abusif des répliques numériques ;

  • Des garanties accrues en matière de santé et de sécurité ;

  • Une compensation supplémentaire en cas de réutilisation de la performance dans d'autres jeux.

Les entreprises se disent ouvertes à la reprise des discussions, conscientes des enjeux et des attentes du syndicat. Cette volonté d’apaisement n’a pas empêché la SAG-AFTRA de maintenir la pression, en organisant notamment une nouvelle journée de mobilisation le 18 mars devant les locaux de Disney.

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